Emoi

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...je n'ai pas beaucoup de temps à perdre

Texte du Père Francis Volle

Perdre a de soi un sens négatif
et ne devient digne d'intérêt qu'au profit souhaité
d'un bien plus grand que celui qu'on abandonne.

Personne n'aime perdre ses cheveux, perdre ses dents, perdre la vue et,
dans un sens figuré ou psychologique,
perdre la tête, perdre la face, perdre courage, etc.

On ne saurait pourtant être un gagnant toute sa vie, sur toute la ligne.

La Providence distribue les cartes ;
aujourd'hui c'est pour l'un, demain pour un autre.

C'est pourquoi il faut s'attendre à être un jour de ceux qui sont appauvris,
ou n'ont pas de chance,
comme on dit.

On n'est homme de valeur qu'à partir du moment où on sait digérer et gérer les contrariétés.

Même dans les jeux ce n'est pas noble d'être mauvais perdant.
La souffrance faisant partie, à quelque degré, du lot commun (l'ombre de la croix)
on pourra dire que la sainteté se situe en bonne part vis-à-vis d'elle…

A côté de " perdre " il y a se perdre.

Le terme sur les lèvres de jésus a une telle résonance
qu'il faut y voir autre chose qu'un " plus "
par rapport aux divers biens de la personne.

D'après l'Evangile " il faut se perdre pour se trouver ".

Là nous sommes au niveau souverain du dépouillement,
les rênes de la conduite étant remises entre les mains du Créateur.
" Se livrer à Lui ", " s'abandonner ", " s'oublier "
sont des termes qu'on trouve couramment dans les confidences de saints et de saintes
auxquels on demandait le secret de leur progression respective,
par exemple Thérèse de Lisieux, Thérèse Couderc…

Même leçon sous la plume du biographe de " Monsieur Vincent "
qui a dépeint sa charité omniprésente par ces mots :
il était comme " exproprié de lui-même en raison d'utilité publique ".

Sans " pousser le champignon " au-delà de nos possibilités présentes
admettons qu'on n'aime
qu'autant qu'on donne et qu'on se donne.

Nous l'avons sûrement chanté bien des fois devant le feu de camp :
" On ne fait rien sur terre qu'en se consumant ".